

Le bleu tapisse les parois des banquises et colmate les fissures des archipels, il accompagne la solitude, assure la paix, repeint chaque nuit, extrapole dans l’infini. Des faïences nordiques de Delft aux papiers polynésiens de Matisse, il s’expose dans tous les costumes : cyan, outremer, azur, lavande, marine, ardoise, acier, pétrole, turquoise, canard, de cobalt, de Bic, de méthylène, de Prusse, de Gênes ou de Suède. De la ligne des Vosges à cette infroissable montagne à gravir qu’est l’Ether, il tutoie tous les sommets, côtoie la Vierge et les rois. Mais le bleu est aussi l’ennemi du palais, sauf quand il s’agit de fromages aux bonnes moisissures, de techniques de cuisson de poissons, de liqueurs exotiques. Le bleu peut estampiller à jamais la peur et ses acolytes – les requins, les viandes et ses ecchymoses -, éclairer les sangs sous le lait de la peau. Du bleu nostalgique des lessives à celui plus adulte des fumées des tabacs, il colore la chair de nos rêves.
Broyer du bleu plutôt que du noir me paraît approprié en ces temps sombres. Ce site à fortes dominantes bleues a été créé en pensant à ma filleule aux cheveux bleus, pour garder un contact avec mes élèves pendant cette maudite pandémie et l’envoyer à quelques amis, pour faire signe, marquer de bleu un territoire d’art et de culture. Il se nourrira au fil de mes envies de transmettre. Le logo de ce site est la rosace nord de Notre-Dame qui est restée miraculeusement debout dans le ciel de Paris après l’incendie. C’est sans doute bon signe que la culture est ce qui nous permet chaque jour de tenir en ces temps moroses. C’est ce qu’on appelle avoir la foi en l’art, un art incarné, habité, vivant.
François Liénard,
Professeur d’Histoire de l’Art (Ecole des Arts d’Ixelles et Académie des Beaux-Arts de Watermael-Boitsfort), 1er avril 2020.



Victor Hugo a écrit Notre-Dame de Paris (1831) en partie afin de sauver la célèbre cathédrale gothique du pic des démolisseurs. Pendant la Révolution, Notre-Dame avait servi d’usine à salpêtre. Au XIXe siècle, elle avait souffert de tant de négligence que des constructeurs voulaient récupérer ses pierres pour la construction de ponts…
L’art gothique était alors jugé laid et offensant. Que Victor Hugo ait donné pour cadre à son roman un tel édifice était un choix délibéré, qui reliait des personnages grotesques à cet art « laid ». De nombreux chapitres du roman constituent un plaidoyer afin de préserver l’architecture gothique – comme le dit Hugo, cet immense « livre de pierre » – que lui, écrivain romantique, trouvait magnifique. Il nous raconte comment les « livres de pierre » qu’étaient cathédrales, églises, cloîtres et sépulcres qui avaient fonction d’instruire ont été négligés au profit des livres imprimés inventés par Guttenberg à cette époque. Je l’ai lu pendant ce confinement, c’est un roman érudit et populaire qui se déroule dans le Paris du XVème siècle. Captivant.

Le gothique flamboie haut ce soir,
Notre-Dame rafraîchit ses flammes,
Sa charpente est une forêt qui cuit,
Sa flèche prend comme une torche
Et éclaire de ses feux Paris insouciant.
*
Mémorial de larmes,
Hécatombe de pierre,
Rosace qui se fane,
Temps des cerises,
Monument à jamais vivant,
Son orgue hurle dans la nuit.
*
Notre dame brûlée vive reste debout,
Braises refroidies ce patrimoine blessé
Relèvera sa vieille carcasse, ses mille ans,
Et une cathédrale de lumière illuminera
A nouveau nos temps sombres et las.
Ange phénix tu renaîtras de nos cendres.
(F.L., nuit du 14 au 15 avril 2019.)
Et pour terminer cette introduction, trois bleus aériens et particulièrement inspirés:
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